Allocution pour le concert du centenaire des Amis du Vieux Chinon

Allocution pour le concert du centenaire des Amis du Vieux Chinon

Membres d’honneur : sous-préfète ; Maire ; Conseiller Général

Allocution prononcée le 5 décembre 2004 avant le concert donné par l’Ensemble Jacques Moderne, qui inaugura les manifestations de l’année du centenaire des Amis du Vieux Chinon.

 

Mesdames, Messieurs

 

Je demande à mon ami Claude Viel, Président des Amis de Rabelais et de la Devinière et co-organisateur des manifestations de cette après-midi et aux adhérents de cette société ici présents, l’autorisation de m’adresser à vous tous au nom des Amis du Vieux Chinon, afin que je puisse évoquer en quelques mots l’événement mémorable que va représenter pour nous cette année 2005.

C’est en effet au mois de janvier 1905 que quelques personnalités chinonaises fondèrent Les Amis du Vieux Chinon, société locale de Chinon et de son Arrondissement. Quelques hommes de l’art, médecins et pharmaciens, quelques hommes de loi, des professeurs, des entrepreneurs ou des rentiers (on les désignait sous le vocable de « propriétaires ») accompagnèrent le Docteur Faucillon, premier Président, dans une entreprise qui s’avéra par la suite particulièrement fructueuse. Je ne retracerai pas ici l’histoire de ce siècle d’existence ; cela m’obligerait à vous entretenir trop longtemps (je consacrerai à ce sujet une conférence prochaine). Je me contenterai aujourd’hui de vous livrer quelques réflexions, afin de rendre un bref hommage à tous ceux qui ont œuvré à la réussite de cette entreprise.

La fondation de notre société est redevable d’une tradition, celle des Sociétés savantes, qui fleurit à partir de la moitié du xixe siècle (à la suite des Académies du siècle précédent, mais en se démarquant aussi d’elles) et connut un grand essor à la fin de ce siècle. Mais elle est aussi une conséquence directe d’une loi fondamentale de notre République, dont nous avons récemment commémoré le centenaire, la loi de 1901 sur les Associations. Cette conjonction s’est traduite, dans le Chinonais, par la création d’une société chargée de défendre et de faire connaître ce qui ne s’appelait pas encore le patrimoine, mais qui correspondait assez exactement à l’objet que ce terme recouvre aujourd’hui : les monuments, les paysages, ainsi que les grands moments et les grands personnages de son histoire.

J’y vois tout un symbole : les Chinonais découvraient le besoin d’approfondir leurs connaissances sur l’histoire locale en même temps qu’ils faisaient l’apprentissage de la vie associative, si malmenée par les régimes autoritaires qui ont dirigé notre pays pendant la majeure partie de ce siècle. Ces deux intérêts vont de pair ; ce sont deux façons concommittantes de participer à la vie de la collectivité, deux faces complémentaires d’un civisme exigeant.

Mieux connaître notre histoire, protéger et faire connaître les vestiges qu’elle a laissés dans notre environnement, cela paraît aller de soi aujourd’hui, puisqu’aussi bien, toutes les administrations publiques, de l’État à la commune, s’en préoccupent et se sont dotées de services spécialisés. À l’époque où furent créés les Amis du Vieux Chinon, elles étaient très négligées, et c’est tout à l’honneur de sociétés telles que la nôtre de s’en être chargé pendant des décennies. Nos fondateurs et ceux qui ont repris le flambeau à leur suite méritent qu’on leur rende hommage. C’est ce que fit la Nation elle-même lorsqu’en 1916, en pleine Grande Guerre, elle nous accorda le titre envié de société déclarée d’utilité publique.

Le changement des mentalités et des pratiques concernant le Patrimoine qui caractérise les cinquante dernières années risquait de rendre caduques les sociétés d’histoire locale ou du moins, risquait de les marginaliser durablement. Aux yeux des nouvelles structures mises en place, elles paraissaient obsolètes et, pour tout dire, devenaient encombrantes. De là vient cette image poussiéreuse qu’on leur applique souvent, et que rien ne justifie, sauf à considérer qu’une recherche exigeante n’a plus lieu d’être et qu’il faut sacrifier aux paillettes d’une culture télévisuelle.

Les Sociétés savantes ont fait de la résistance. Ont-elles fini de manger leur pain noir ? Certainement pas. Mais elles ont appris à s’adapter : en réduisant leurs activités à des domaines plus spécifiques ; en variant les manifestations, quitte à y insérer une dimension ludique ; surtout en imposant le respect par la rigueur de leur démarche.

C’est à cela que nous nous appliquons aujourd’hui, soucieux de nous montrer dignes d’un héritage fécond, sans épargner ni notre temps, ni notre énergie. Notre ambition est de préserver un outil qui a fait ses preuves et qui peut rendre encore d’éminents services, non seulement à nos adhérents, mais à la collectivité toute entière.

Le temps est révolu où les sociétés comme les Amis du Vieux Chinon couvraient à elles seules l’ensemble des activités liées au Patrimoine. Pour autant, aucun des domaines concernés ne leur est devenu étranger. Elles ont simplement appris à collaborer avec les nouveaux acteurs culturels locaux. De fait, c’est bien le cas de notre société. Nous entretenons des rapports suivis avec d’autres institutions qui travaillent dans des domaines proches des nôtres, tant il est vrai que nous pensons que le salut de la culture exige qu’elle soit diffusée le plus largement possible. La position des Amis du Vieux Chinon, à certaines époques, a été hégémonique ; désormais notre société aspire à fédérer les énergies, en s’appuyant sur une expérience et une infrastructure (bibliothèque, archives, documentation iconographique, fonds muséographiques) d’une exceptionnelle richesse.

En guise de conclusion, je saluerai les institutions et les personnes avec lesquelles nous collaborons régulièrement. C’est avec eux que nous avons voulu saluer cette entrée dans l’année de notre centenaire. Au nom des Amis du Vieux Chinon et en mon nom personnel, j’adresse à tous nos remerciements, et les invite à continuer à nous accorder leur confiance.

Et maintenant, saluons dans la liesse cette année mémorable en compagnie des poètes et musiciens de la Renaissance et des interprètes de l’Ensemble Jacques Moderne qui les servent si bien.

 

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