Les religieuses hospitalières de l’hôtel-Dieu de Chinon
au XVIIIe siècle
L’hôtel-Dieu de Chinon, qui existait depuis au moins le XIIIe siècle, fut reconstruit après l’incendie qui l’avait détruit en 1637 et sa gestion fut confiée à une communauté de religieuses issues de L’Institut des Sœurs Hospitalières de Loches, que venait de fonder Pasquier Bouray.
Les archives ont conservé plusieurs documents, exploités par André Boucher dans son article référencé dans la bibliographie ci-dessous, qui nous donnent une idée de l’importance et du fonctionnement de l’établissement au XVIIIe siècle. Le Tableau de la province de Touraine de 1762 à 1766 indique qu’il entretenait vingt-quatre lits, indication très utile pour évaluer l’importance du personnel affecté à l’entretien de l’hôpital et au suivi des malades. Le service médical est assuré par des médecins volontaires agréés par le Corps de ville.
En 1742, les religieuses ouvrent un registre des décès des membres de leur communauté, tâche qui n’était pas de la compétence du curé de la paroisse. Le premier acte date 1742 et le dernier de 1783. Le registre s’interrompt en 1783 pour une raison que j’ignore et est déposé en l’état aux archives de la mairie de Chinon le 25 fructidor an onze (11 septembre 1803), soit 20 ans plus tard.
Les Archives départementales d’Indre-et-Loire en proposent une version numérisée, que je reproduis et commente ici.
Bibliographie
– Hôpital de Chinon (XIIIe siècle-1948). Répertoire numérique détaillé. Sous-série H dépôt 6, établi par Céline Delahaye sous la direction de Régine Malveau. Tours, Conseil général d’Idre-et-Loire, Archives départementales d’Indre-et-Loire, 1999.
– Dom G. Meunier, Monsieur Bouray, le Vincent-de-Paul de la Touraine, 1594-1651. Sa belle vie. Son Institut d’Hospitalières. La survivance, Téqui, Paris, 1929. [CR de C. Constantin, Revue des sciences religieuses 12-1 (Année 1932), pp. 147-149 in persée.fr].
– Cougny, Gustave de, Chinon et ses environs, Tours, 1898 [Marseille, Lafitte reprints, 1977], pp. 456-458.
– Boucher, André, « L’ancien Hôtel-Dieu de Chinon », Bulletin des Amis du Vieux Chinon VII (1975), pp. 847-854.
La communauté des religieuses de l’hôtel-Dieu en 1742
Nous conservons deux registres des actes de sépulture de l’hôtel-Dieu de Chinon, l’un de 2 feuillets, l’autre de 15 feuillets, lequel reproduit et complète jusqu’en 1783 le texte du précédent qui s’interrompt en 1743 et ne contient que les deux premiers actes enregistrés (1742 et 1743).
Tous deux s’ouvrent sur le compte rendu de la délibération du 5 février 1742 qui décrit les circonstances de la création du registre. Des deux versions de cette pièce liminaire, celle qui est contenue dans le registre de 2 feuillets est la plus complète, car elle permet d’identifier Anne Thoult, dont la deuxième ne mentionne pas le nom, ainsi que la qualité de J. Boisard (sous-prieure) et celle de Jeanne Demutte et Renée Legrand (sœurs discrètes). Je reproduis l’orthographe de cette version et ajoute un minimum de ponctuation à celle qui existe déjà.
Aujourdhuy cinq février mil sept cent quarente deux, nous, relligieuses hospitalières professes de Chinon, assemblées au son de la cloche à la maniere accoutumée en la chambre de Communauté, pour satisfaire a l’ordonnance du neuf d’avril mil sept cens trente six, nous avons commis soeur Madeleine Le Breton, notre Supérieure, pour cotter et parapher le présent registre contenant deux feuillets pour servir a ecrire les actes de Sepulture desdittes religieuses de notre Communauté pour ce jour et an que dessus.
Sœur Madeleine Le Breton prieure, sœur J. Boisard souprieure, sœur Demutet discrette, sœur Anne Thoult, sœur Renée Legrand, discrette, sœur Renée Perrault, sœur Madeleinne Lepelletier, sœur Pommyer, sœur R. Bineau, sœur Anne Lepot sœur Bachet.
Suivent les deux premiers actes enregistrées que je transcris ici littéralement et que le second registre reproduit inexactement :
Aujourd’huy vingt deux avril mil sept cens quarente deux est decedée notre chere mere Françoise Orillard, agée de soixante dix neuf ans et quarante sept de profession, née à Amboise. La ceremonie de sa sepulture faitte par monsieur Joseph Le Breton, prêtre chanoine du chapitre de St Mexme de cette ville.
Signé Lebreton chanoine. Soeur Le Breton prieure.
Aujourd’huy dix neuf fevrier mil sept cens quarente trois est decedée notre chere mere Perrine Perthuis, ditte Pacifique, agée de quarente neuf ans et de vingt huit de profession, née à Chinon. La ceremonie de sepulture faitte par monsieur Pierre Breton, chantre et chanoine du chapitre de Saint-Mexme de cette ville. Signé Breton, chantre.
La délibération de la communauté intervient sept années après la signature de l’ordonnance royale. Elle coïncide avec le décès de Françoise Orillard, dont on peut penser que c’est la nécessité de l’enregistrer qui a conduit la communauté à ouvrir le registre, ce qui pourrait signifier aussi qu’aucun décès n’est intervenu avant cette date.
De cette pièce liminaire on peut déduire également que les religieuses professes, celles qui ont prononcé leurs vœux, formaient une communauté de onze membres, ce qui est un nombre conséquent pour un établissement de 24 lits. Elle était administrée par un conseil formé par la supérieure, la sous-prieure et les deux sœurs discrètes, terme qui désignait les personnes autorisées à assister au conseil. Pour avoir une idée complète du personnel de l’hôtel-Dieu, il faudrait ajouter les sœurs laies chargées des tâches domestiques, le personnel masculin à qui revenait les tâches les plus lourdes (André Boucher en cite deux), et éventuellement des novices. Au résultat, l’encadrement de l’institution était plutôt fourni.
Contenu du second registre
Collection du greffe. Sépultures, 1742-1783 – 6NUM6/072/205 Archives d’Indre-et-Loire
Je modernise l’orthographe et synthétise les éléments significatifs : date du décès ; nom de la défunte ; âge et ancienneté dans l’ordre ; lieu de naissance ; identité et qualité de l’officiant ; signataires.
– 22 avril 1742, décédée Françoise Orillard, âgée de soixante dix neuf ans et quarante sept de profession, née à Amboise ; cérémonie par monsieur Joseph Le Breton, prêtre chanoine du chapitre de St Mexme de cette ville. Signé Lebreton chanoine. Soeur Le Breton prieure.
– 19 février 1743, décédée Perrine Perthuis, âgée de quarente neuf ans et de vingt huit de profession, née à Chinon ; cérémonie par monsieur Pierre Breton, chantre et chanoine du chapitre de Saint-Mexme. Signé Breton, chantre.
– 28 septembre 1748, décédée Anne, de soixante ans et cinquante de profession, née à Ligray, proche Chinon ; cérémonie par le père Bénard, religieux augustin, le directeur de l’hôpital. Signé F. Menard, religieux augustin, sœur Legrand, prieure.
– 24 septembre 1748, décédée Anne Catherine Aurebin, née à Loche, pensionnaire de cette maison, âgée d’environ de 45 ans ; cérémonie par le Révérend père Koenin (sic pour Koënen), prieur des augustins de Chinon. Signé sœur Legrand, prieure. [sans doute servante non religieuse à l’hôtel Dieu].
– 5 février 1750, décédée Jeanne Demute, notre révérende mère, âgée de 88 ans et 66 de profession, née à Chinon ; cérémonie par le père Bénard, religieux augustin et directeur de l’hôpital. Signé J. F. Bénard, religieux augustin, et Congrégation.
-5 février 1750, décédée Madelaine Aguet Batard, âgée de 77 ans et de cinquante trois de profession, née à Richelieu ; cérémonie par le père Bénard, religieux augustin et directeur de l’hôpital. Signé J. F. Bénard.
– 7 février 1750, décédée notre révérende mère Madeleine Lepeltier ditte Angélique, âgée de 50 ans et de 34 de profession, née à Langeais ; cérémonie par le père Bénard, religieux augustin et directeur de l’hôpital. Signé J. F. Bénard.
– 1er février 1753, décédée notre chère sœur Anne Mayard, ditte en religion de Saint Joseph, âgée de 78 ans et de religion 48 ans, née à Montreuil Bellay ; cérémonie par le père Bénard, religieux augustin et directeur de l’hôpital. Signé J. F. Bénard.
– 7 mai 1753, décédée notre révérende mère prieure Renée Legrand, ditte en religion de Sainte Catherine, âgée de 68 ans et de 52 en profession, originaire de cette ville ; cérémonie par le père Bénard, religieux augustin et directeur de l’hôpital. Signé J. F. Bénard.
– 8 mai 1754, décédée notre chère sœur Marie Petiteau ditte Sainte Augustin, âgée de 36 ans, originaire de cette ville ; cérémonie par le père Bénard, religieux augustin et directeur de l’hôpital de Chinon. Signé J. F. Bénard.
– 7 mai 1756, décédée notre révérende mère Jeanne Boisard ditte de Sainte Thérèse, âgée de 73 ans et de profession 53, originaire de cette ville ; la sépulture faite par le révérend père Koenin, religieux augustin, assisté du père Ménard cérémonie par le père Bénard, religieux augustin et confesseur de cette maison. Signé J. F. Bénard.
– 28 février 1757, décédée notre mère Marie Anne Legrand, ditte de Jean, âgée de 33 ans et de profession 14, originaire de cette ville ; la cérémonie de la sépulture faite par le révérend père Bénard, religieux augustin et confesseur de cette maison. Signé F. Bénard.
– 11 août 1762, décédée notre révérende mère Anne Lepot, ditte de Sainte Scolastique, âgée de 45 ans et de profession 28, originaire de cette ville ; la cérémonie de sépulture faite par le révérend père Cuny, religieux augustin et confesseur de cette maison. Signé F. Cuny religieux augustin.
– 12 septembre 1762, décédée notre révérende mère Prieure Madelaine Le Breton ditte de la Présentation, âgée de 71 ans et de profession 54, originaire de cette ville ; la cérémonie de la sépulture faite par le révérend père Cuny, religieux augustin et confesseur de cette maison. Signé Cuny religieux augustin.
– 25 novembre 1763, décédée la mère Charlotte Bachet, Prieure, ditte de Saint Jean, âgée de 49 ans et de 30 de profession, originaire de Douai en Anjou ; la cérémonie de sépulture faite par le révérend père Koenin, prieur des augustins, en l’absence du père Cuny, religieux augustin, confesseur de cette maison. Signé f. Cuny religieux augustin, confesseur.
– 17 novembre 1766, décédée la mère Renée Bineau ditte des Séraphins, âgée de 71 ans et 50 de profession, originaire de Douai en Anjou ; la cérémonie de sépulture faite par le père Cuny, religieux augustin et confesseur de cette maison. Signé f. Cuny religieux augustin et confesseur.
– 4 juillet 1767, décédée la mère Renée Perault dite de la Nativité, âgée de 80 ans et soixante quatre de profession, originalre de Chinon ; la cérémonie de sépulture faite par le révérend père Koenin, augustin, à l’absence de frère Cuny, aussi religieux augustin et confesseur de cette maison. Signé f. Cuny religieux augustin, confesseur de l’hôtel Dieu de Chinon.
– 7 février 1768, décédée la mère Louise Pommier dite de Saint Bernard, âgée de 81 ans et cinquante trois de religion, originaire de Château du Loir ; cérémonie la cérémonie de sépulture faite par le père Cuny, religieux augustin, confesseur de cette maison. Signé f. Cuny religieux augustin et confesseur.
– 28 avril 1775, décédée la mère Renée Arvers dite de la Croix, âgée de 52 ans et de 32 ans de profession, originaire de Chinon ; cérémonie la cérémonie de sépulture faite par le révérend père Cuny, augustin et confesseur de cette maison. Signé f. Cuny religieux augustin.
– 5 mars 1776, décédée la sœur Jeanne Chenot ditede Sainte Rozalie, âgée de 29 ans et demie (sic) et 7 ans et demie (resic) de profession, originaire de Chinon ; cérémonie la cérémonie de sépulture faite par le révérend père Cuny, prieur des augustins de Chinon et confesseur de cette maison. Signé f. Cuny prieur des augustins.
– 19 juin 1782, décédée la mère Marie Suzanne Batard ditte Sainte Monique, maîtresse des novices en sacristine (sic pour sacristaine ?), âgée de 33 ans et de 17 de profession, originaire de Chinon ; cérémonie la cérémonie de sépulture faite par le révérend père Eguer, augustin et aumônier de la communauté. Signé f. Eguer augustin.
– 27 mai 1783, décédée la mère Jeanne Nusset dite de Sainte Adelaïde, âgée de 56 ans et de 20 ans de profession, originaire de la ville de Chatellerault ; cérémonie la cérémonie de sépulture faite par le révérend père Eguer, augustin et aumônier de la communauté. Signé fr. Eguer, augustin.
Certifié conforme aux régistres déposés aux archives de la mairie de Chinon par nous soussigné.
Chinon, le 25 fructidor an onze. Grepin Salle adjoint. Pour le maire Meilhac.
COMMENTAIRE
Les religieuses formant la communauté
Si l’on se réfère aux actes des sépultures les concernant, on constate que ces religieuses sont relativement âgées à la date de création du registre, puisque huit d’entre elles ont prononcé leurs vœux avant 1716, soit un quart de siècle auparavant. Font exception Charlotte Bachet (1733) et Anne Lepot (1734), qui sont aussi les plus jeunes de l’assemblée (49 et 45 ans, respectivement).
Ne sont pas mentionnées dans la communauté Françoise Orillard, qui est morte le jour de la délibération, ni Perrine Perthuis, qui décèdera un an plus tard. La troisième, Anne, est désignée par son seul prénom dans le second registre, mais le premier permet de restituer son nom : il s’agit d’Anne Thoult, qui mourra 6 ans plus tard. Ce sont les trois premiers noms du registre et l’on peut supposer que Perrine Perthuis était en trop mauvaise santé pour participer aiux assemblées de la communaut.
Marie-Anne Legrand, René Arvers, Jeanne Chenot, Suzanne Batard et Jeanne Nusset, n’étaient pas professes en 1642. Ce fut peut-être aussi le cas de Marie Petiteau, dont l’âge seul est indiqué (36 ans), non la date de la prise d’habit, ce qui laisse la possibilité qu’elle ait prononcé ses vœux après 1742.
Plus problématique est l’absence de Madeleine Aguet Batard et Anne Mayard, qui, elles, les avaient prononcés à une date ancienne, 1697 et 1705. L’une est certes née à Richelieu et l’autre à Montreuil-Bellay mais leur naissance hors de Chinon n’a pas interdit à Madeleine Lepelletier, Renée Bineau, Louise Pommier et Charlotte Bachet d’appartenir à la communauté. Le motif de leur absence est à chercher ailleurs, la raison la plus probable étant qu’elles ont été affectées à Chinon à une date postérieure à 1742, afin de combler les vides laissés par les religieuses décédées entre 1742 et 1750.
Questions de dates
Pour chacune des religieuses mentionnées dans l’acte de sépulture, sont précisées la date de naissance et celle de l’entrée en religion. La deuxième indication manque pour Marie Petiteau. Pour 11 d’entre elles, la prise de voile intervient avant la vingtième année, ce qui signifie que l’entrée au noviciat s’effectue très tôt, au plus tard au début de l’adolescence. Cinq autres d’entre elles prononcent leurs vœux entre 21 et 24 ans. Par comparaison, Louise Pommier, Anne Mayard, Françoise Orillard et Jeanne Nusset, entrées en religion respectivement à 28, 30, 32 et 36 ans, ont eu des vocations tardives.
Il n’est pas certain que l’affectation de chacune d’entre elles à l’hôtel-Dieu de Chinon ou dans toute autre institution équivalente coïncide avec la date de la vêture. Il est possible qu’on ait attendu pour les recruter qu’elles aient atteint l’âge mûr avant de les confronter aux obligations d’une aide soignante. En outre, le recrutement dépendait des besoins en personnel de l’hôtel-Dieu et non de la seule volonté des religieuses.
Origine des religieuses
Pour chaque défunte, le registre précise le lieu de naissance. Pour la plupart d’entre elles, elles sont nées à Chinon (11) ou dans des communes proches, Ligré et Richelieu ; on pourrait joindre à cette liste les tourangelles Anne Catherine Aurebin (Loches), Madeleine Lepelletier (Langeais) et Louise Pommier (Château-du-Loir). Font exception Jeanne Orillard, née à Amboise ; Anne Mayard, née à Montreuil-Bellay ; Renée Bineau et Charlotte Bachet, nées à Doué-en-Anjou (Doué-la-Fontaine) ; Jeanne Nusset, née à Châtellerault.
Le recrutement de religieuses peut s’expliquer par bien des raisons qu’un simple registre de sépultures ne saurait révéler, même si certaines coïncidences éveillent la curiosité, ainsi de la présence de deux religieuses isues de Doué-la-Fontaine. Cependant, il convient d’observer, comme le montre le tableau ci-dessous, qu’à l’exception de Jeanne Demutet, les chinonaises sont peu nombreuses parmi les plus anciennes. Il faut attendre la génération née dans les années 1680 pour trouver un recrutement local majoritaire, phénomène que l’on retrouve parmi les dernières venues.
1662. Jeanne Demutet, Chinon
1663. Françoise Orillard, Amboise
1673. Madeleine Aguet Batard, Richelieu
1675. Anne Mayard, Montreuil-Bellay
1680. Anne Thoult, Ligré
1683. Jeanne Boisard, Chinon
1685. Renée Legrand, Chinon
1687. Renée Perrault, Chinon
Louise Pommier, Château-du-Loir
1691. Madeleine Le Breton, Chinon
1694. Perrine Perthuis, Chinon
1695. Renée Bineau, Doué
1700. Madeleine Lepelletier, Langeais
1703. Anne Catherine Aurebin, Loches
1714. Charlotte Bachet, Doué
1717. Anne Lepot, Chinon
1718. Marie Petiteau, Chinon
1723. Renée Arvers, Chinon
1724. Marie-Anne Legrand, Chinon
1727. Jeanne Nusset, Châtellerault
1746. Jeanne Chenot, Chinon
1749. Marie-Suzanne Batard, Chinon
On pourrait en conclure que le personnel a été constitué au-début par des apports extérieurs, que la relève chinonaise s’est manifestée relativement tardivement puis a été régulière par la suite. En 1742, 6 des 10 membres de la communauté sont nées à Chinon, ce qui confirme la tendance.
Signalons que le registre est trop récent pour conserver des traces de la première vague de religieuses appelées à administrer l’hôtel-Dieu, les plus anciennes de celles qui sont répertoriées, Jeanne Demutet et Françoise Orillard, étant nées une vingtaine d’années après la réorganisation de l’institution.
Inhumations
Les actes sont rédigés du premier au dernier selon un modèle identique : date du jour du décès ; nom de la défunte ; âge et année de profession ; nom et qualité de l’officiant de la cérémonie ; signatures. Les seules variantes concernent la désignation de la défunte, qui évoque la fonction qu’elle a exercée (« mère » ou « révérende mère » pour une ancienne prieure ; « pensionnaire de cette maison » pour Anne Aurebin ; Suzanne Batard, « maîtresse des novices en sacristine ») et une formule affectueuse, s’il y a lieu (« notre chère mère »).
L’autre variante concerne l’identité et la qualité de l’officiant. Pour les deux premiers décès, ce sont des chanoines de Saint-Mexme qui officient, Joseph Le Breton et Pierre Breton, chanoine, pour le premier, chanoine et chantre pour le second. Toutes les cérémonies ultérieures sont confiées à des frères augustins : le Père Benard, sept fois mentionné comme directeur de l’hôtel-Dieu, puis quatre fois comme confesseur de la communauté ; lui succède en cinq occasions le Père Cuny, en tant que confesseur ; le Père Koënen, prieur, intervient occasionnellement pour remplacer le père Benard ou le Père Cuny.
Entre les religieuses hospitalières et les frères augustins, il existe donc un lien étroit, ce qui ne saurait surprendre puisque les deux communautés relèvent de la même règle, selon le vœu de M. Bouray, fondateur de l’institut des hospitalières de Loches qui, comme on sait, assigna à ses religieuses la règle de saint Augustin. Celles qui furent appelées à rénover l’hôtel-Dieu de Chinon bénéficièrent de la présence de leurs frères en religion, installés dans la ville depuis déjà deux siècles. C’est donc logiquement qu’elles entretinrent avec cette communauté une relation privilégiée.
On serait, au contraire, en droit de se demander pourquoi cette relation privilégiée ne se manifesta pas dès le début puisque les deux première cérémonies sont accomplies par des chanoines de Saint-Mexme. Sans doute faut-il y voir une forme de précipitation dans la mise en place du rituel, les sœurs devant improviser au moment du décès des deux premières défuntes, alors qu’elles n’avaient pas encore songé à se conformer à l’ordonnance de 1736.
Mais, dès le moment où la décision est prise de recourir à l’aide des frères augustins, elles s’y tiennent et, de leur côté, les religieux ont à cœur de traiter dignement les sœurs en délégant un membre éminent de leur communauté pour officier lors des cérémonies de sépultures. De plus, ils accompagnant en permanence la communauté dans sa vie spirituelle, en désignant l’un d’entre eux comme directeur (de conscience s’entend, car l’hôtel-Dieu dépend administrativement de la ville) et comme confesseur.
La rédaction ne nous fournit aucune information sur le lieu d’inhumation des religieuses. Les fouilles entreprises sur le site autour de 2010 n’ont rien révélé à ce sujet, si ce n’est des enterrements collectifs de malades, probablement du XVIe siècle, consécutifs à une éventuelle épidémie. Les cimetières des différentes institutions religieuses de la ville n’ayant pas été systématiquement fouillés, on en est réduit à des hypothèses, l’une d’entre elles étant que la communauté de religieuses ait pu bénéficier d’un carré dans le cimetière de Saint-Mexme, là où durent être enterrées les deux premières défuntes, inhumées sous la responsabilité d’un chanoine de la collégiale.
Nous ignorons aussi dans quel temple avaient lieu les cérémonies. Le plus vraisemblable est la chapelle de l’hôtel-Dieu, car, s’il se fût agi d’une église paroissiale (Saint-Mexme ou Saint-Étienne) ou de la chapelle des Augustins, le fait aurait sûrement été signalé dans l’acte.
Mai 2026